Des neurones «égarés» révèlent l’adaptabilité de notre cerveau
Publié le 16 janv. 2026
Une équipe de l’UNIGE montre que des neurones mal positionnés peuvent continuer d’assurer leur rôle, sans nuire au fonctionnement global du cerveau.

Le cerveau peut-il fonctionner lorsque son architecture est modifiée? Une équipe de l’Université de Genève (UNIGE) démontre que des neurones situés au mauvais endroit peuvent néanmoins assurer une fonction normale, remettant en question nos conceptions sur l’organisation cérébrale. Ces travaux, publiés dans Nature Neuroscience, révèlent une capacité insoupçonnée du cerveau à s’adapter.
Les neurones sont des cellules spécialisées dont le rôle est de transmettre et de traiter l’information sous forme de signaux électriques et chimiques. Ils constituent l’unité de base du fonctionnement cérébral et nerveux. Jusqu’à présent, on pensait que chaque neurone devait se trouver au bon endroit pour que le cerveau fonctionne correctement. Dans une récente étude, des scientifiques de l’UNIGE révèlent que des neurones mal positionnés peuvent non seulement survivre, mais aussi remplacer complètement la fonction du cortex cérébral normal.
Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques ont étudié des souris atteintes d’«hétérotopies». Ces malformations se caractérisent par des neurones «égarés» qui peuvent alors former une masse, au mauvais endroit, sous le cortex. Ce phénomène s’observe également chez les humains et provoque, dans les cas graves, des crises d’épilepsie et des déficits intellectuels. En observant ces rongeurs, l’équipe de l’UNIGE a fait une découverte surprenante: ces neurones forment des circuits quasi identiques à ceux du cortex normal, avec des connexions similaires vers le reste du cerveau et la moelle épinière.
C’est comme si vous déplaciez tout un quartier d’une ville à un autre endroit, et que les habitantes et habitants maintenaient les mêmes relations.
Des neurones capables de prendre le relais
Plus remarquable encore, lorsque les chercheurs et chercheuses ont désactivé le cortex normal de ces souris lors d’une tâche sensorielle délicate – distinguer le toucher de deux moustaches différentes – elles ont continué à performer normalement, les neurones mal placés ayant pris le relais. À l’inverse, inhiber ces neurones anormalement placés entraînait un échec complet de la tâche, démontrant qu’ils étaient devenus essentiels au traitement sensoriel.
«C’est comme si vous déplaciez tout un quartier d’une ville à un autre endroit, et que les habitantes et habitants maintenaient les mêmes relations, les mêmes connexions avec le reste de la ville», explique Sergi Roig-Puiggros, chercheur postdoctorant au Département des neurosciences fondamentales de la Faculté de médecine de l’UNIGE et premier auteur de l’étude.
Des implications pour la médecine et l’évolution
L’étude éclaire les mécanismes évolutifs par lesquels de nouvelles structures cérébrales peuvent émerger. Elle ouvre également des perspectives pour la médecine régénérative: «si des neurones peuvent fonctionner normalement dans un contexte architectural anormal, des greffes neuronales ou des organoïdes cérébraux n’auraient potentiellement pas besoin de reproduire parfaitement la structure cérébrale naturelle pour être fonctionnels», note Denis Jabaudon, professeur ordinaire et directeur du Département des neurosciences fondamentales de la Faculté de médecine de l’UNIGE, qui a dirigé l’étude.
Pour l’équipe de recherche, la prochaine étape consistera à évaluer si cette fonction conservée des neurones mal placés s’observe uniquement dans les hétérotopies, ou si elle apparaît également dans d’autres troubles du neurodéveloppement.
Contact
Prénom Nom
Professeur ordinaire / directeur
Département des neurosciences fondamentales
Faculté de médecine
UNIGE
+41 22 379 53 87
Cette recherche est publiée dans
Nature Neuroscience
DOI: 10.1038/s41593-025-02142-7